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Yuhishthir Raj Isarà: “Les pays d’Europe doivent avoir la Turquie avec eux”

Pour devenir un acteur plus puissant à l’international, l’Europe doit intégrer la Turquie, a déclaré Yuhishthir Raj Isarà, professeur à l’Université américaine de Paris, dans un entretien accordé à EurActiv.com.

Nous venons d’assister à la présentation d’Istanbul  – ‘Capitale européenne de la culture 2010′ au Parlement européen. Que retenez-vous de cette discussion ?

Ce qui m’a le plus frappé était l’intervention de Mme Niki Tzavela, membre grec du Parlement européen, qui a conclu les débats avec une intervention d’un enthousiasme et d’un amour aussi fort pour Istanbul. C’était surprenant, mais en politique c’est bien de surprendre.

En tant qu’européen de fraîche date, je suis un fervent européen. Je vis en Europe depuis quarante-et-un ans et je suis né en Inde. J’ai toujours compris que l’Europe n’était pas un projet culturel au départ mais une idée très pragmatique, politique et économique, pour que cette famille de pays puisse exister dans le monde.

Cette famille s’est définie à travers l’histoire de toutes sortes de manières. Les ressortissants des pays de l’Est de l’Europe sont maintenant citoyens de l’UE, mais ils se souviennent d’une époque où pour les Européens l’Est n’existait à peine. Alors que si l’on remonte plusieurs siècles en arrière, ce n’est qu’à partir du XIVe-XVe  siècle que l’on a commencé à parler d’Europe telle qu’on la connaît aujourd’hui. Avant, pour les Athéniens, l’Europe, c’était le sud de la Bulgarie.

Les frontières de cette famille ont toujours été très mobiles et il n’y a aucune raison qu’un continent qui comporte un nombre aussi élevé de musulmans ait peur d’un pays qui est à majorité musulmane.

Vous avez dit vous-même que vous êtes un ‘groupie’ pour Istanbul. Comment expliquez-vous cela ?

La splendeur du site, la densité des traces historiques, l’histoire de Constantinople devenue Istanbul, tout ça fait travailler mon imagination. Mon amour de la ville d’Istanbul est très viscéral, pas du tout intellectuel. J’aime m’y trouver et j’aime le brassage, les mouvements…

[L'écrivain turc Orhan] Pamuk parle de ses regrets de ne plus voir à Istanbul tant de gens différents, des Juifs, des Chrétiens, des Grecs, des gens venus de tous les côtés de l’empire ottoman. Il regrette de ne voir que des Anatoliens. Avec les modifications dans la ville, les changements démographiques, peut être qu’on est en train de recréer l’Istanbul ou la Constantinople d’antan.

Votre pays d’adoption est la France. C’est dans ce pays et en Allemagne que les réticences sont les plus fortes en ce qui concerne l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Si vous décidiez de passer au discours politique, quel serait votre message en ce sens ?

Si j’entrais en politique, je serais vigoureusement du côté des pro-Turc. De là à dire que j’ai un message, que j’ai pensé à un argument qui pourrait clore le débat, malheureusement non. Et c’est peut être pour cela que je ne suis pas en politique.

Et je reviens à quelque chose de très pragmatique : on n’a pas fait l’Europe dans un élan de nationalisme culturel élargi. On a fait l’Europe parce que l’on voulait exister dans le monde à la fin des années quarante par rapport à deux empires, l’empire américain et l’empire russe.

Aujourd’hui cette famille de pays est menacée d’une autre manière parce qu’on pourrait appeler “Ch-India”, la puissance de la Chine et de l’Inde ensemble. Il est évident que pour exister sur le plan international dans un monde globalisé, les regroupements régionaux donnent la force de la cohésion et de la multiplicité aux pays individuels. Les pays d’Europe doivent se renforcer et avoir la Turquie avec eux. C’est un gage pour toutes sortes de raisons: économiques, démographiques…

Pensez-vous que vos racines indiennes vous permettent d’avoir une vision de plus haut, d’un ‘higher ground’, comme on dirait en Anglais ?

Oui, l’expression est bien adaptée, car l’Inde est d’une certaine manière une Europe réussie. L’Inde est en réalité constituée par une vingtaine de pays différents, avec des langues, des cultures propres. Il y a un sous bassement culturel partagé par des Indous, des Musulmans, des Chrétiens, des Bouddhistes… Cette pluralité de l’expérience indienne me donne un certain regard. Il ne faut pas oublier que la devise que l’UE a adoptée, “unie dans la diversité”, était dès 1950 la devise de la république naissante de l’Union indienne. Même si je suis devenu Français, je porte en moi les deux cultures et je pense qu’on voit  ce genre de question de manière beaucoup plus sereine et constructive.

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Mert 19 février, 2010 Europe No Comments >> Mots clés:

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