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Roms de Turquie “Un projet unique en Europe”

Alors qu’en France les expulsions des Roms ont commencé, les Roms de Turquie connaissent depuis un an une importante politique de réhabilitation, à travers l’accès au logement, au travail et à l’éducation.

Le projet d’”Ouverture rom” a également interdit les expulsions des Roms de Turquie et prévoit la constitution d’un centre de recherche universitaire dédié aux Roms.

Depuis jeudi les Roms, dont 40 camps ont été démantelés après le «discours de Grenoble» de Nicolas Sarkozy, ont commencé à être reconduits en Roumanie sur la base du volontariat.

En Turquie, c’est à la Mecque que les Roms ont eu l’occasion de se rendre la semaine dernière, mais dans le cadre du projet d’«Ouverture rom» que le gouvernement a mis en place depuis un an.

L’Association de défense de la culture rom de Bursa et le bureau du mufti ont organisé ce voyage. Il s’inscrit dans la continuité de la politique de réhabilitation des Roms en Turquie, ouvert par le Premier ministre turc dans le cadre de l’«Ouverture démocratique».

Initiée à l’occasion des Premiers Etats-généraux des Roms, organisés le 10 décembre dernier, le projet vise à améliorer les conditions de vie de la population rom de Turquie. Il a notamment permis quelques évolutions concrètes, qui restent insuffisantes pour certaines associations, en permettant d’interdire l’expulsion des Roms de Turquie, à l’issue d’une décision de la Commission de l’Assemblée chargée des affaires Intérieures.

Durant la réunion, Ali Koyuncu, député AKP de Bursa à l’origine de la proposition d’amendement, a dénoncé l’intolérance qui touche les Roms et a rappelé qu’ils ont servi dans les rangs de l’armée ottomane et «qu’ils ont donné leurs vies pour ce pays».

Par ailleurs, la même commission a accepté la proposition de l’AKP de proscrire des textes de loi l’usage du mot «gitan» (çingene). Ali Yangir, président de l’Association rom de Yenisehir s’est dit pleinement satisfait de cette décision, en la qualifiant de «pas important dans le processus de lutte contre les discriminations dont sont victimes les Roms».

15.000 Roms devant Erdogan

Les mesures concrètes ont surtout débuté avec le rassemblement du 14 mars où, pour la première fois en Europe, 15.000 Roms venus des quatre coins de Turquie se sont retrouvés dans le stade Abdi Ipekçi, à Istanbul, lors de la Rencontre des Roms (Roman bulusmasi). Le rassemblement a réuni les représentants de 81 associations invitées par le Premier ministre, qui a adressé un message de fraternité et de tolérance. Il a également annoncé la possibilité pour les Roms de devenir propriétaire de 3.408 logements à bas coût dans 40 provinces du pays.

En avril dernier, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a publié un rapport saluant le «projet exemplaire mené en Turquie en faveur des Roms». Intitulée «La situation des Roms en Europe», le texte rappelle la nécessité urgente d’«améliorer la situation des Roms» et qualifie le programme mené en Turquie de «projet unique en Europe». Yakup Çardak, président de l’Association de culture et de solidarité rom, a commenté le rassemblement en déclarant : «c’est la première fois que notre existence a été acceptée».

Toutefois, Çardak s’est montré moins enthousiasmé par le projet de relogement qui touche les Roms en déclarant : «ça peut être une bonne chose pour ceux qui sont locataires, mais il est aussi très important que les maisons où l’on vit actuellement soient rénovées et que la culture rom soit ainsi préservée».

Ses propos s’inscrivent dans la continuité de la décision très controversée de détruire le traditionnel quartier rom d’Istanbul, Sulukule. La raison invoquée est le projet de réhabilitation du vieil Istanbul, qui s’est accéléré avec la préparation d’Istanbul capitale culturelle européenne 2010. La métropole turque s’offre aujourd’hui une nouvelle image, plus ouverte et moderne mais parfois au prix de mesures draconiennes.

Les Premiers Etats-généraux des Roms de Turquie

Durant la rencontre, le Premier ministre a également annoncé des mesures en faveur de l’enseignement et des efforts pour faciliter l’accès à l’emploi. Ce dernier problème était l’objet des principales revendications formulées par les Roms à l’issue des Premiers Etats-généraux. Des représentants de 120 associations roms de Turquie avaient pu ainsi rencontrer le ministre d’Etat Faruk Çelik, chargé du projet d’«Ouverture rom».

Ce dernier avait alors déclaré : «nous considérons comme un devoir moral de lutter contre l’intolérance que nos citoyens roms subissent depuis des siècles et les préjugés véhiculés à leurs propos».

Pour le président de la Fédération des associations roms de Thrace, Fahrettin Savic, le principal problème auquel est confrontée la communauté est le chômage, étant donné que les Roms sont principalement des musiciens. Le président de la Fédération des associations roms, Erdinç Çekiç a quant à lui exprimé sa satisfaction de voir les mesures étatiques prises pour la cause rom, tout en précisant sa préférence pour des changements qui ne seraient pas radicaux mais qui répondraient à des attentes précises.

Ouverture d’un centre de recherche universitaire sur les Roms

Début juin a été annoncée l’ouverture prochaine d’un «Centre de recherche rom et d’application» au sein de l’université Adnan Menderes de la ville d’Aydin. La responsable de la commission du centre, le Dr. Didem Evci, a déclaré regretter l’inexistence en Turquie d’une unité menant des travaux réguliers sur les Roms de Turquie.

Le centre est également en contact avec les Roms de pays étrangers, parmi lesquels figurent principalement la Bulgarie voisine et la Roumanie. Le Dr. Didem Evci ajoute que «les Roms sont pleinement satisfaits du projet d’ouverture lancé par le gouvernement. Nous recevons des appels téléphoniques de toute la Turquie de la part de gens qui nous témoignent leur soutien. Ils essayent de nous fournir des livres; ils viennent nous voir avec divers projets en main.

Ils se disent même prêts à travailler pour nous bénévolement». Toutefois, certaines associations roms, s’inquiètent de ne pas voir assez d’évolutions concrètes. L’Association de défense de la culture rom d’Ayvalik vient de faire une déclaration publique destinée au Premier ministre. Elle lui demande de tenir les engagements pris durant le rassemblement du 14 mars, et se dit inquiète de ne pas voir aboutir les propositions de projets envoyées au ministère chargé de l’«Ouverture rom».

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