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Quand les pleuples re dessine ses frontières

La révolution tunisienne et cette immense aspiration des peuples à secouer le joug de régimes autoritaires dans le monde arabe, en Egypte, en Algérie, en Jordanie, voire au Yémen, l’auraient presque fait oublier, mais une nouvelle nation, et pas des moindres, est sur le point de naître après des années d’une sanglante guerre civile qui a fait plus de 2,5 millions de morts.

Le 9 janvier dernier par référendum, le Sud-Soudan, plutôt animiste et chrétien, s’est prononcé pour son divorce du nord du pays, à majorité musulmane.

Ce qui constitue une première remise en cause des frontières laissées après l’indépendance des pays en Afrique par les colonisateurs. Mais ce n’est pas la seule tentation de séparation dans cette région du monde.

Demain, la Côte d’Ivoire pourrait, elle aussi, se séparer en deux à la suite de l’élection présidentielle et la proclamation de deux présidents, l’un reconnu par la communauté internationale, Alassane Ouattara, et l’autre pas, Laurent Gbagbo. Un pays où, là aussi, il existe de complexes clivages religieux et ethniques.

Après le Soudan, on peut aussi s’interroger sur les conséquences de cette division dans ce que l’on désigne par l’Afrique des Grands Lacs – Burundi, RD Congo, Ouganda, Rwanda. Des pays divers, mais qui ont été marqués aussi par des guerres civiles sanglantes.

Et ailleurs, devant le Center of Political and Foreign Affairs à Paris, Ephraim Halevy, l’ancien patron du Mossad, les services secrets israéliens, insistait récemment sur l’importance, au-delà de l’Afrique, de la division du Soudan qui, à ses yeux, crée au Proche-Orient un « précédent ». Une région où les frontières ont été héritées de la désagrégation de l’Empire ottoman et de la fin des « mandats » des puissances « coloniales » française et britannique.

Il est certain que le premier candidat à la formation d’un Etat est la Palestine, qui a été reconnue par près de 100 pays, dont récemment par le Brésil et l’Argentine. Le plan de partage, adopté par l’Assemblée générale des Nations unies, pour l’ancienne Palestine mandataire, en deux Etats, l’un juif et l’autre arabe, ne date-t-il pas de 1947 ? Mais quelles en seraient les frontières aujourd’hui ? Car si Israël est résigné au divorce des Palestiniens, l’Etat israélien souhaite conserver une partie de ses conquêtes d’après-1967 en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Et ce n’est pas la seule interrogation pour une nation palestinienne divisée en deux parties, Gaza et la Cisjordanie, sans continuité territoriale et marquée par l’antagonisme de deux mouvements dominants, le Fatah et le Hamas, proches de la guerre civile. En dépit de ces difficultés, il n’est pas imaginable que le statu quo actuel puisse durer alors qu’une grande partie de la population palestinienne est enfermée dans la bande de Gaza et connaît toujours une forte croissance démographique.

Huit ans après l’invasion américaine et britannique, l’Irak est lui aussi toujours menacé d’un éclatement entre la province de plus en plus autonome du Kurdistan et le reste du pays. Avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir dans le Kurdistan turc, et pour le partage des richesses pétrolières.

Au-delà, en Asie centrale, la guerre d’Afghanistan est loin d’être terminée. Et qui sait si ce conflit n’engendrera pas demain un Pachtounistan ? Ce spectre qui depuis l’établissement de la « ligne Durand » à la fin du XIX e siècle séparant l’Afghanistan de l’Empire des Indes, plane toujours entre l’Afghanistan et le Pakistan.

Certes, on n’en est pas là et la région du côté pakistanais est aujourd’hui un sanctuaire pour les talibans afghans et les fondamentalistes pakistanais. Mais qu’en sera-t-il après le départ des troupes américaines, prévu pour la fin de 2014, et qui créera un dangereux vide ?

De même, les tendances au Cachemire à la séparation de l’Inde sont fortes. Et, demain, quel serait le sort du Tibet ou d’autres régions chinoises si un pouvoir démocratique était installé à Pékin ?
Depuis l’implosion de l’Union soviétique et de la Yougoslavie, le monde a vu la multiplication des Etats ou du moins des revendications à l’autonomie, et non au regroupement, comme aurait pu le laisser présager l’unification allemande. En 1950, il y avait 82 Etats souverains. Aujourd’hui, les Nations unies comptent 192 membres. Un chiffre qui n’englobe pas les Etats autoproclamés ou pas reconnus par l’ensemble de la communauté internationale, comme le Kosovo ou les deux anciennes enclaves de Géorgie, Abkhazie et Ossétie du Sud.

Et la liste des Etats en devenir et des tentations à l’autonomie régionale est longue. Car l’Europe n’est pas épargnée par cette tendance au divorce. Comme l’Espagne, où la Catalogne a déjà obtenu une grande autonomie de Madrid et se considère comme une « nation ».

Voire l’Italie, dans un registre très différent, où les tentations séparatistes des dirigeants de la « Padanie » (la plaine du Po, au Nord) s’expriment au grand jour. Les raisons de divorcer d’une autre entité sont diverses d’un pays, d’une région à l’autre : elles vont de la domination violente d’une région, comme ce fut le cas au Soudan, à la pure revendication fiscale – comme c’est le cas en Italie où les riches contribuables du Nord refusent de payer pour le Mezzogiorno -, en passant par la défense justifiée des droits d’une minorité ou des revendications communautaires sur des ressources naturelles. Mais cet émiettement, qui pousse à redessiner les frontières, contribue à créer de l’instabilité.

Même si la revendication à l’indépendance est totalement justifiée comme au Sud-Soudan et que le statu quo de la seconde moitié du XX e siècle n’est plus forcément tenable, pas plus que le joug des dictateurs d’hier.

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Ramazan 3 février, 2011 Dossiers, Monde No Comments >> Mots clés: , , ,

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