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Les jeunes émigrés turcs reviennent « au pays »

Attirés par les bonnes performances économiques de la Turquie, les jeunes diplômés allemands d’origine turque sont de plus en plus nombreux à y tenter leur chance.

Emine Sahin est en Turquie « pour faire carrière ». Cette architecte de 38 ans qui supervise la construction d’un énième centre commercial à Istanbul, se dit comblée en Turquie où le secteur du bâtiment s’impose comme la locomotive de l’économie nationale. Cette jeune femme aux cheveux de jais a passé 32 ans en Allemagne, près de Francfort, avant de s’installer sur les bords du Bosphore en 2006.

« En Allemagne, il y a beaucoup d’architectes et très peu de travail. Parmi mes amis de promotion, l’un est devenu chauffeur de taxi et une autre, directrice de crèche. Moi je ne voulais pas abandonner mon rêve. Je n’ai tout de même pas étudié pour rien ! », explique-t-elle, installée dans son grand bureau du quartier d’Uskudar, sur la rive anatolienne d’Istanbul.

Comme Emine Sahin, les jeunes diplômés allemands d’origine turque sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance « au pays ». Ayhan Kaya, professeur de l’université Bilgi d’Istanbul estime qu’ils seraient plus de 4 000 jeunes diplômés à venir chaque année chercher un tremplin en Turquie, soit quatre fois plus qu’il y a quatre ans. Le phénomène est suffisamment important pour inquiéter les autorités allemandes qui constatent un renversement des flux migratoires avec Ankara.

Le retour des « cerveaux » s’accélère

Selon l’Office fédéral des statistiques allemand, en 2009, le nombre de personnes qui ont quitté l’Allemagne pour la Turquie (40 000) a de nouveau dépassé le nombre de migrants quittant la Turquie pour l’Allemagne (30 000). Si la plupart de ces « revenants » sont des retraités désireux de s’installer dans la petite maison construite en Anatolie avec l’argent gagné en Allemagne, le retour des « cerveaux » est un phénomène en augmentation, favorisé par les très bonnes performances de l’économie turque. Ankara prévoit en effet plus de 6 % de croissance économique en 2010.

« Le développement du pays est prometteur », confirme Arda Surel, rentré en Turquie en 2003. « C’est un pays où les chances sont plus nombreuses pour ceux qui veulent établir leur propre business ». Arda Surel a créé son entreprise de conseil après avoir travaillé en Allemagne dans le secteur bancaire. « J’ai toujours su qu’Istanbul était ma ville. Je ne me suis jamais senti Allemand ».

Pourtant, ce cadre supérieur n’a jamais eu de problème d’intégration de l’autre côté du Rhin. Fils de médecin, il a fréquenté de très bons établissements scolaires où il était « le seul étranger », avant d’obtenir un master d’économie. « Pour moi l’Allemagne, c’est fini, je ne veux pas y retourner », lance-t-il déterminé.

L’actuelle polémique en Allemagne sur l’intégration des étrangers, et notamment des trois millions de Turcs, aura-t-elle des conséquences ? Arda Surel en est persuadé. « L’Allemagne ne sera plus une destination très attirante pour les étrangers à l’avenir ! » Ce jeune entrepreneur qui habite le quartier huppé de Nisantasi ne cache pas sa colère : « Le débat sur l’intégration en Allemagne n’a pas lieu d’être. Les Turcs n’y ont jamais été aussi bien intégrés qu’actuellement ! Le problème vient des Allemands, qui ne veulent pas nous intégrer. Les Turcs sont les boucs émissaires ».

« Au travail, je suis comme un général prussien »

À Ankara, Nail Alkan, professeur à l’université Gazi, est du même avis. « Ceux qui quittent l’Allemagne, sont ceux qui ne veulent plus se satisfaire du deuxième ou du troisième rang. Ils veulent être au premier rang. » Ce professeur connaît aussi les déboires et les désillusions de certains de ses compatriotes désireux d’obtenir, en Turquie, la reconnaissance qu’ils n’ont pas eue en Allemagne.

Pour les soutenir, il a créé il y a cinq ans l’association Tandem. « La plupart de nos membres se plaignent d’être étrangers en Turquie et en Allemagne », explique-t-il. « Il n’est pas toujours facile de trouver un travail même pour des diplômés, surtout s’ils parlent le turc avec un accent ». À Istanbul, Arda Surel confirme ce sentiment. « Il y a beaucoup de choses qui nous énervent ici, comme le manque de discipline et de savoir-vivre dans la vie quotidienne. Moi, dans le travail, je me comporte comme un général prussien ! »

Pour évoquer ces difficultés d’adaptation, Arda Surel et Emine Sahin participent régulièrement à des dîners organisés chaque mois dans un restaurant du centre-ville d’Istanbul avec d’autres almanci, noms donnés aux Turcs d’Europe. « Entre nous, nous nous comprenons, nous partageons les mêmes préoccupations et le même humour », constate Emine, qui se voit comme un pont entre les deux pays. « Je n’ai pas fui l’Allemagne. J’y retournerai un jour pour y poursuivre ma carrière. »

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Ramazan 1 novembre, 2010 À la une, Culture No Comments >> Mots clés: , ,

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