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Les intérêts français en Turquie menacés

La France risque fort de se fâcher avec son quatrième client hors Union européenne.

La Turquie, qui bénéficie par ailleurs de la plus forte croissance parmi les grands pays de la planète (9,6 % sur les neuf premiers mois de l’année) est en effet très en colère contre la loi punissant d’un an de prison toute personne niant le génocide arménien de 1915, que les députés français vont certainement voter aujourd’hui.

Une délégation d’entrepreneurs et de diplomates s’est rendue à Paris pour convaincre des dégâts occasionnés par une loi qui « dénie le droit de rejeter des accusations infondées », selon le président turc, Abdullah Gül, qui a rappelé son ambassadeur pour consultation.

Même si aucun dirigeant n’a officiellement appelé à un boycott, la menace est sous-entendue. Paris a rappelé hier qu’Ankara, lié à l’Union européenne par un accord d’union douanière et membre de l’OMC, ne peut instaurer de mesures discriminatoires.

Mais, souligne Bahadir Kaleagasi, de la Tusiad, le patronat turc, « on peut s’attendre à une réaction forte contre un acte très hostile ». Sans forcément figurer sur une liste noire, les entreprises françaises pourraient être supplantées de manière discrétionnaire lors d’appels d’offres, où les offres de prix sont souvent très serrées.

L’enjeu a poussé la chambre de commerce franco-turque à alerter Nicolas Sarkozy. Un millier d’entreprises françaises sont implantées dans la quinzième économie mondiale, où elles sont au deuxième rang des investisseurs étrangers. La France est le deuxième débouché à l’exportation d’Ankara et son sixième fournisseur. Bahadir Kaleagasi rappelle que son pays va dépenser 60 milliards d’euros en mise aux normes environnementales et des dizaines de milliards dans les infrastructures de transport, d’énergie et de défense, où les entreprises hexagonales sont compétitives.
« Insulte à l’identité nationale »

Ces dernières n’avaient pas souffert de la dernière crise bilatérale, quand Paris avait reconnu le génocide arménien. Mais la loi va aujourd’hui beaucoup plus loin. Les rares intellectuels turcs prêts à reconnaître le génocide arménien (eux-mêmes risquent la prison pour « insulte à l’identité nationale », selon la loi turque sur la presse) sont opposés à la loi française et s’étonnent que la patrie de Voltaire adopte le délit d’opinion. L’universitaire Cengiz Aktar, à l’origine d’une pétition demandant pardon aux Arméniens, déplore une démarche « électoraliste », qui va faire le jeu des antidémocrates et des chauvins.
Les dégâts seraient aussi géostratégique, la Turquie s’étant imposé comme une puissance régionale grâce à son dynamisme économique, incontournable sur les dossiers syrien et iranien.

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Ramazan 23 décembre, 2011 Économie No Comments >> Mots clés: , ,

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