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Les chypriotes turcs appelés demain à élire leur président

Un drapeau turc sur les épaules, Mustafa Cihan n’aurait raté sous aucun prétexte le meeting de Dervis Eroglu, candidat à l’élection présidentielle qui se déroule dimanche à Chypre-Nord: «C’est l’homme qui nous sauvera. Je ne veux pas de la paix, il est hors de question que je vive avec les Chypriotes grecs.»

Depuis l’estrade installée sur la place de Güzelyurt, un bourg ensommeillé de la partie de l’île d’Aphrodite sous protection turque depuis 1974, l’actuel premier ministre harangue la petite foule avec l’aplomb de celui qui est certain de sa victoire.

A la veille du scrutin, ce vétéran de la politique chypriote turque flatte la fibre patriotique de ses électeurs en faisant référence à la «mère patrie», la Turquie.

Quand il promet le maintien des 35 000 soldats turcs stationnés sur le territoire et de tous les colons venus d’Anatolie, ses supporters lui réservent une ovation.

Isolée sur la scène internationale, la République turque de Chypre du Nord (RTCN) n’est reconnue que par la Turquie, mais le résultat de ce scrutin est crucial car il pourrait faire dérailler les fragiles négociations en cours pour mettre fin à la division de l’île. Donné gagnant dans tous les sondages face au président sortant Mehmet Ali Talat, Dervis Eroglu est un nationaliste opposé à la réunification et un partisan d’une Confédération fondée sur deux Etats chypriotes grec et turc séparés.

Amertume

«Les colons turcs (ndlr: qui représentent un quart des 165 000 électeurs) soutiennent en majorité Eroglu, mais c’est surtout l’absence d’avancée concrète dans les négociations qui a des répercussions directes sur les intentions de vote», analyse Muharrem Faïz, directeur de l’institut de sondage Kadem.

Les résultats des discussions que mènent Mehmet Ali Talat et son homologue chypriote grec, Demetris Christofias, depuis septembre 2008 laissent Hüseyin amer: «Ils se sont rencontrés 71 fois et ne sont arrivés à rien. Je n’ai plus d’espoir.» Pourtant, en 2005, il avait voté pour Talat, ardent défenseur de la réunification, et en 2004 il avait dit «oui» lors du référendum sur le plan Annan qui proposait un règlement du conflit chypriote. Quelque 65% des Chypriotes turcs l’avaient approuvé, mais les trois quarts des Chypriotes grecs s’y étaient opposés.

Négocier coûte que coûte

Malgré la désillusion générale, Mehmet Ali Talat, soutenu par le gouvernement turc, sillonne le nord de l’île à bord de son bus de campagne pour convaincre ses compatriotes que la persévérance finira par payer. «L’arrêt des négociations nous ramènerait en arrière, à l’époque où nous étions coupés du monde; il faut continuer coûte que coûte», lance-t-il.

Kemal, vendeur de kebabs à côté du check-point de la rue Ledra, à Nicosie, cherche à relativiser les conséquences d’une possible défaite de Mehmet Ali Talat: «Quel que soit le président élu, il sera aux ordres d’Ankara. Si la Turquie veut qu’Eroglu reste à la table des négociations, il ne pourra pas les torpiller.»

L’échec du processus de réunification à Chypre aurait en effet des répercussions immédiates sur les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

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