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Les Arméniens turcs retrouvent l’église d’Aghtamar, près de Van

Près de 2000 citoyens turcs d’origine arménienne ont assisté pour la première fois dimanche 19 septembre à une messe célébrée dans une région marquée par la guerre de 1915

Hayk est venu spécialement des Pays-Bas. Ce septuagénaire au front dégarni ne voulait rater « pour rien au monde » l’office religieux célébré dimanche 19 septembre en l’église Sainte-Croix de l’île d’Aghtamar, située dans un site exceptionnel, entre le bleu azur du lac de Van et le mordoré des montagnes environnantes.

C’était la première fois depuis un siècle qu’un office religieux y était célébré. « C’est un moment extrêmement important », explique Hayk, au milieu de plusieurs centaines de pèlerins, parfois les larmes aux yeux, venus suivre l’office sur grand écran, dans la cour de ce monument du Xe siècle : « Après tant de temps, assister à une messe ici, dans une région où il y avait tant d’Arméniens avant 1915, est très émouvant. »

L’opinion est aussi partagée par Vergin Yagan, citoyenne turque d’origine arménienne venue d’Istanbul. « Pour nous qui vivons ici, cette messe est importante car elle permettra de renforcer la fraternité entre Arméniens et Turcs. »

«Une ouverture importante au sein de la Turquie»

L’émotion était d’autant plus forte pour Vergin Yagan qu’elle se rendait pour la première fois dans la région d’origine de son grand-père, qui a fui durant la guerre. « Je vais ramener un peu de terre d’Aghtamar et la déposer sur sa tombe », explique-t-elle, émue.

La majorité des 2000 Arméniens présents hier étaient des citoyens de Turquie. Très peu avaient fait le déplacement de l’Arménie voisine, répondant ainsi à l’appel au boycottage lancé par l’Église apostolique à Erevan. « C’est inconcevable qu’une croix n’ait pas été posée sur le dôme de l’église », lance Irene Aloyan Yerevan, journaliste venue couvrir l’événement.

Une polémique sur l’absence de croix a en effet alimenté les semaines qui ont précédé l’office, entraînant l’annulation de plusieurs centaines de personnes. La pose tardive d’une croix dans la cour de l’église n’aura pas calmé les esprits.

Ces critiques sont aussi relayées par la communauté arménienne de Turquie, forte de 60 000 membres. « C’est une opération de marketing destinée à redorer le blason de la Turquie envers l’Union européenne », critique Sarkis, joaillier à Istanbul. « Le gouvernement aurait dû rendre cette église au Patriarcat arménien. Pourquoi en a-t-il fait un musée ? » L’église, laissée en ruines durant des décennies, a en effet été ouverte au public en 2007 après plusieurs années de restauration.

« Ne soyons pas trop impatients », répond Aziz Aykaç, directeur du journal local Van Times, qui a sorti pour l’occasion des numéros en langue arménienne. « Nos amis arméniens veulent tout, tout de suite, mais c’est impossible. La messe d’hier est un premier pas. Laissons au peuple le temps de s’habituer. Vous verrez, nous rénoverons petit à petit les multiples monastères qui se trouvent autour du lac. Turcs et Arméniens doivent de nouveau faire connaissance sans que la politique nous en empêche. »

Après la visite du président turc à Erevan en 2008, les deux pays ont signé une série de protocoles, en octobre dernier, destinés notamment à ouvrir la frontière terrestre. Mais ces textes, non ratifiés, sont restés lettre morte depuis bientôt un an.

Il n’empêche, pour l’historien britannique Ara Sarafian, la messe d’hier « représente une ouverture importante au sein de la Turquie ».

Delphine NERBOLLIER, sur l’île d’Aghtamar (sud-est de la Turquie)
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Ramazan 19 septembre, 2010 Culture No Comments >> Mots clés: , , , ,

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