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Le Maître d’Ankara, Ahmet Davutoglu au Maroc

A la tête de la diplomatie turque depuis mai 2009, Ahmet Davutoglu, qui est actuellement présent à Tanger dans le cadre de la quatrième édition du Forum MEDays, est en train de conférer à son pays une nouvelle stature internationale.

Grâce notamment à son approche active et décomplexée des relations internationales.

Après avoir longtemps œuvré dans l’ombre, à travers notamment un poste de conseiller qu’il a assumé pendant six ans auprès du Premier ministre Recep Tayyib Erdogan, Ahmet Davutoglu est propulsé en mai 2009 au devant de la scène en tant que ministre des Affaires étrangères de la Turquie.

À 52 ans (il est né le 26 février 1959), ce fils de commerçant et professeur de sciences politiques formé au lycée allemand d’Istanbul, est en train de tailler un nouveau costume à la diplomatie turque, un costume à la mesure des nouvelles ambitions de ce pays sur l’échiquier international.

En effet, sous Davutoglu, la volonté d’Ankara de redéployer sa diplomatie et son influence régionale de façon à retrouver sa vraie vocation de passerelle entre l’Orient et l’Occident, s’affirme de plus en plus.

 Et ce, à travers une approche hyperactive -qui ne manque pas souvent d’agacer les chancelleries occidentales-, et manifestement émancipée.

C’est dire à quel point la Turquie n’a plus aucun complexe aujourd’hui à remettre en question certaines alliances stratégiques -comme celle qui la lie traditionnellement à Israël-, ou à aller à l’encontre de la volonté de Washington sur certains dossiers chauds, lorqu’elle estime que cela ne sert pas ses intérêts et ses principes.

Activisme moyen oriental

“À cheval sur deux continents, l’Asie et l’Europe, au milieu d’axes stratégiques, Russie-Méditerranée et Balkan-Moyen Orient”, et soucieuse de la paix dans cet espace régional, –paix sans laquelle elle ne peut assurer sa sécurité et prospérité économique-, la Turquie ne peut rester indifférente à la situation qui prévaut au Moyen Orient.

Ce qui explique son activisme de plus en plus affirmé dans cette région, comme en témoignent ses médiations entre Israël et la Syrie en 2008, ses “bons offices” sur les dossiers iranien et palestinien…

Et ce qui justifie, pas plus tard que ce mardi dernier, la déclaration par Ahmet Davutoglu, du soutien par la Turquie, des sanctions de la Ligue arabe contre Damas à la veille de leur entérinement, et menace de lui couper l’approvisionnement en électricité.

Ahmet Davutoglu est bien sûr l’un des principaux artisans, sinon le stratège de ce redéploiement de son pays sur la scène moyen orientale, un espace au demeurant naturel, la Turquie étant géographiquement à la fois européenne et orientale.

Déjà à la fin des années 1990, Davutoglu avait consacré un gros pavé de 600 pages, une sorte de traité intitulé La profondeur stratégique, dans lequel il annonçait sa vision du rôle qui devrait revenir à la Turquie dans le concert des nations.

C’est l’une des raisons qui expliquent par exemple l’activisme d’Ankara en faveur du 194e Etat demandé par l’Autorité palestinienne.

Aujourd’hui, même si les appels de la Turquie en faveur d’une ouverture démocratique en Syrie sont restés inaudibles, Damas continuant à s’accrocher à sa stratégie meurtrière et éradicatrice, l’appartenance de la Turquie à l’OTAN lui confère “un surcroît d’importance dans la région”.

Une diplomatie émancipée et pragmatique

Dans un article consacré en juin 2010 à Ahmet Davutoglu, Le Figaro écrit : Avec ce professeur de relations internationales, la diplomatie turque, totalement alignée sur l’axe occidental jusqu’à la fin de la guerre froide, s’est émancipée.”

Une tendance notamment apparue lorsque la Turquie avait marqué ses distances en 2009 pour protester contre le raid israélien contre Gaza, et plus récemment, lorsqu’elle s’est prononcée contre l’idée de frappes militaires contre l’Iran.

Les Etats-Unis, voilà également un pays qui a eu pendant longtemps une certaine influence sur la politique étrangère turque, mais avec lequel Ankara n’hésite plus à rivaliser sur la scène internationale.

Comme l’explique l’analyste Stephen Cook dans Foreign Policy :“Après six décennies de coopération stratégique, la Turquie et les États-Unis deviennent des concurrents stratégiques, notamment au Moyen-Orient”.

Preuve supplémentaire de la distance qu’Ankara prend de plus en plus par rapport aux positions de Washington : en mai 2010, dans un contexte de crise sur l’uranium iranien, la Turquie et le Brésil étaient parvenus à un accord avec Téhéran, qui par le biais d’échanges d’uranium, était supposé annuler les soupçons qui pèsent sur l’Iran et son programme nucléaire. La Maison Blanche, tout en prenant acte “des efforts consentis par la Turquie et le Brésil”, avait cependant demandé que ledit accord soit “soumis à l’AIEA”, tandis qu’Israël l’avait qualifié d’ “imposture”…

Et la diplomatie turque n’est pas seulement décomplexée, elle est également pragmatique. En septembre dernier, le Premier ministre Recep Tayyib Erdogan a effectué une tournée dans les pays secoués par le “printemps arabe”, à savoir l’Egypte, la Tunisie et la Libye. Une façon pour la Turquie de montrer qu’elle entend adapter sa diplomatie aux changements politiques en cours dans le monde.

Cela a été également le cas en ce qui concerne le dossier syrien. Alors que le régime de Bachar al Assad menaçait de représailles tout pays qui reconnaîtrait officiellement le Conseil national syrien (CNS) -une entité qui fédère l’opposition syrienne-, Ahmet Davutoglu a carrément reçu mi-octobre dernier, les membres de ce conseil qui plus est, a été formé à Istanbul.

Quoi qu’il en soit, la politique étrangère turque, sous la conduite d’Ahmet Davutoglu, a manifestement pris de la hauteur. Et l’on comprend pourquoi le Premier ministre turc, Recep Tayyib Erdogan appelle Davutoglu “hodja”, qui signifie “maître”.

Source: Aufait Maroc

article ajouté par Leyla Sultan Tilmaz

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Leyla 18 novembre, 2011 Turquie No Comments >>

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