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La Turquie, un autre enjeu pour l’Europe!

La révision récente de la Constitution turque offre l’occasion de revenir sur la question de l’adhésion de ce pays à l’Union Européenne. Les polémiques chroniques qu’elle soulève ne répondent pas à la hauteur de l’enjeu.

Trop souvent encore, les arguments défendus par ceux refusant de voir la Turquie intégrer le giron européen s’avèrent confus voire erronés.

En matière économique, la présomption d’un faible niveau de développement dans ce pays cristallise les réticences européennes.

Cependant, force est de constater que l’économie turque est souvent sous-estimée: elle se classe au quinzième rang des puissances économiques mondiales, son PIB/habitants a évolué de 1142$ en 1986 à 12900$ en 2010.

Il affiche un indice supérieur à ceux de la Roumanie ou de la Bulgarie, derniers entrants dans l’Union.

La Turquie présente une croissance comparable à certains pays d’Asie du sud-est, et la population urbaine englobe 75% de sa population totale. Rappelons, enfin, que la France reste son premier investisseur étranger.

Fonder son opposition à l’adhésion turque sur le critère géographique ne semble pas convaincant. Nicolas Sarkozy déclarait, en janvier 2005, que « si la Turquie était en Europe, cela se saurait. » Un peu court comme argumentaire ! Les limites continentales sont des productions culturelles et politiques. Elles ne sont pas fixées par la nature et, l’Histoire le prouve, sont toujours susceptibles de modifications. De plus, l’UE est avant tout le moteur et le résultat d’une construction politique, économique et culturelle. Nicosie par exemple, située plus à l’est qu’une majeure partie de la Turquie, n’est-elle pas la capitale d’un état membre de l’Union ?

Le spécialiste Didier Billion décrit la Turquie comme « un lieu d’échange et de brassage, de fluidité et de continuité. » L’Europe voudrait-elle se priver d’une telle opportunité ?

Membre de l’OTAN, allié des Etats-Unis et médiateur dans le conflit israélo-palestinien, sa position de puissance eurasienne, moyen-orientale et méditerranéenne, l’appelle à devenir un atout majeur de la politique internationale de l’Union. La Turquie aspire toutefois aujourd’hui, comme d’autres puissances émergentes, a un profil diplomatique plus diversifié.

La récente détérioration de ses relations avec Israël ainsi que son infléchissement envers le régime de Téhéran démontre qu’elle se tourne à l’heure actuelle vers le Moyen-Orient. Les européens sont en partie responsables de cette situation: ils payent le prix politique à tenir les turques à distance de l’UE.

Disposant d’un fort crédit au Moyen-orient, la Turquie serait un formidable relais d’influence européen dans une partie du monde qui tend à se radicaliser. Son adhésion enverrait, dans cette région, un signal fort et positif en direction des musulmans modérés et sécularisés.

Le refus d’une partie de l’opinion publique européenne de la voir intégrer l’Europe est, je le crains, une réaction catharsique de sa peur de l’islam.

Trop d’hommes politiques instrumentalisent encore ces craintes alors que leur rôle devraient être, justement, de les apaiser. Il suffirait pour cela d’user d’honnêteté intelectuelle. Le gouvernement de l’AKP, non exempt de tout reproche par ailleurs, démontre que l’islam est compatible avec la démocratie, la République et l’idéal européen.

La laïcité, attachement viscéral et symbole de modernité pour les turques, encadre la rencontre entre l’islam et la République. A la différence de la France, par exemple, la Turquie interdit les écoles privées musulmanes !

La « vertu transformatrice » du projet européen, engendrant de nombreuses réformes dans ce pays lors des vingt dernières années, nous oblige aujourd’hui à le regarder tel qu’il est et non pas tel que nous l’imaginons. Sans complaisance, mais sans démagogie.

Le repli sur soi et le rejet de l’autre sont bien souvent des signes de faiblesse. L’accueil et l’ouverture affichent, en revanche, la force de nos convictions. Soyons à la hauteur de l’enjeu qui se présente devant nous et soutenons ceux qui, comme Manuel Valls, défendent cette position courageuse !

Philéas – Lepost.fr
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Ramazan 16 décembre, 2010 Europe No Comments >> Mots clés:

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