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La Turquie entre désir et dépit pour l’Union Européenne

Forte d’un taux de croissance de près de 7%, la nouvelle puissance turque poursuit sa marche vers l’adhésion et affirme pouvoir aider le Vieux Continent. Mais l’opinion est lasse d’attendre.

Lorsqu’on lui demande s’il a toujours envie de rejoindre l’Union européenne (UE), engluée dans ses dettes et la crise de l’euro, Ali Babacan, le ministre turc de l’Économie, éclate de rire. «Non!», répond-il. Pour enchaîner aussitôt, sérieux, que la Turquie est plus que jamais déterminée à adhérer à l’UE.

Le ministre de ce pays dont la candidature à l’adhésion à l’Union européenne piétine, souligne que “la leçon la plus importante (qu’il a retenue de la crise financière turque en 2001) est toute simple: à long terme, on ne peut pas dépenser plus qu’on ne récolte”. ”La plupart des gouvernements pensent à trop court terme”, regrette-t-il.

Selon lui, “il est très difficile de sortir du cercle vicieux des dettes et de la croissance négative. Le fait que nous ayons des gouvernements faibles dans beaucoup de pays (européens) complique encore les choses”.

Cela fait cinq ans qu’Ankara a entamé les négociations d’adhésion avec Bruxelles, avec d’autant moins de perspectives claires que les deux poids lourds de l’UE, Paris et Berlin, ne cachent pas leur hostilité envers cet élargissement. Sauf qu’en cinq ans, les rapports ont changé. La Turquie de 2010, forte d’une insolente croissance de près de 7%, s’affirme de plus en plus en puissance émergente sûre d’elle-même. Le ministre chargé des Affaires européennes, Egemen Bagis, répète à l’envi: «Tiens bon l’Europe, la Turquie arrive à ton secours!»

Ankara ne se sent pas menacé par la crise de l’euro. «Les PIGS (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne, NDLR) représentent moins de 5% de nos revenus touristiques et de nos échanges commerciaux, relativise le ministre des Finances Mehmet Simsek. Notre exposition est limitée.» L’économie turque n’est toutefois pas imperméable aux déboires de l’Europe. L’UE absorbe 50% des exportations turques, lui envoie 60 à 70% de ses touristes et la même proportion d’investissements étrangers directs.

Exportations menacées

«La faiblesse de l’euro est mauvaise pour nos exportations», concède Mehmet Simsek, qui reçoit un groupe de journalistes étrangers dont Le Figaro. «C’est aussi mauvais pour l’inflation, car nos exportations sont libellées en euros tandis que nos importations le sont en dollars.» Quand le billet vert grimpe, la facture énergétique de la Turquie, qui importe 95% de son pétrole et 99% de son gaz, s’alourdit mécaniquement.

«L’Union européenne est peu attirante économiquement, résume le jeune ministre des Finances, Simsek. Nous nous y intéressons parce qu’elle implique une transformation politique, économique et sociale, qu’elle nous pousse à améliorer nos standards en matière de démocratie et de droits de l’homme.» Le pays candidat doit satisfaire une multitude de critères répartis en trente-cinq chapitres thématiques. Hormis des blocages politiques majeurs comme la non-reconnaissance par Ankara de Chypre, sur le plan technique, la Turquie est désormais capable de boucler rapidement l’ensemble des chapitres, assure un diplomate européen. La lenteur du processus d’adhésion a cependant eu raison de l’enthousiasme de l’opinion publique pour la bannière bleue étoilée. Dans les sondages, les partisans de l’adhésion sont passés de 70% à 34% récemment. «Je comprends les craintes de l’UE, poursuit Mehmet Simsek, mais la crainte d’un afflux d’immigration est un fantasme, fondé sur une analyse périmée.»

À l’université d’Eskisehir, à 200 kilomètres d’Ankara, la jeunesse turque, vêtue à l’européenne, iPhone et BlackBerry à la main, vit l’Europe au quotidien. Et pourtant, Figen, une étudiante en journalisme qui résume l’opinion quasi unanime de sa classe, «n’a plus envie» de l’adhésion. «Vous nous mettez trop d’obstacles. Et quand on voit la situation de l’Espagne ou du Portugal, ça donne envie de regarder ailleurs.»

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Ramazan 10 décembre, 2010 À la une, Europe No Comments >> Mots clés: , , ,

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