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La Turquie, acteur incontournable des projets énergétiques

Ces cinq projets concurrents qui mobilisent différents moyens pour transporter le gaz issu d’une source identique (zone Caspienne et Moyen-Orient) sont tous amenés à coopérer avec un même partenaire : la Turquie.

Sa géographie ainsi que son contexte historique et politique font de ce pays un acteur incontournable dans la concurrence que se livrent les projets européens et russe.

Dans la perspective de son adhésion à l’Union européenne, Ankara doit choisir entre soutenir les intérêts de Bruxelles ou privilégier ceux de la Russie.

Le cadre juridique du gazoduc Nabucco, dont l’objectif est de réduire la dépendance énergétique de certains Etats membres de l’Union européenne vis-à-vis de la Russie, a été finalisé le 8 juin à Kayseri (Turquie) avec la signature de l’accord de soutien entre la société Nabucco Pipeline GmbH International et les ministères concernés des cinq pays de transit du gazoduc : Autriche, Bulgarie, Hongrie, Roumanie et Turquie.

Le PSA (Project Support Agreement) met en place un régime de transit de longue durée conformément à la Constitution turque et aux régulations de l’Union européenne.

Gunther Oettinger, commissaire européen en charge de l’Energie, a défini cet accord d’étape charnière pour la réalisation du gazoduc Nabucco.

Cependant, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan ne s’est pas enorgueilli de cette réussite durant la campagne électorale qu’il a menée pour le scrutin législatif de juin dernier. La signature de l’accord de soutien n’a pas fait débat en Turquie ni en Europe. Le silence sur ce projet dont ont fait preuve les autorités et médias turcs et européens pose question.

Nabucco fait partie du grand projet de corridor gazier Sud qui a pour objectif de réduire la dépendance énergétique de certains Etats membres de l’Union européenne vis-à-vis de la Russie, en opérant une double diversification des sources d’approvisionnement – zone Caspienne et Irak – et des routes de transit – Turquie, Bulgarie et Roumanie. Le corridor Sud de l’énergie repose sur une dynamique soutenue politiquement et économiquement par l’Union européenne. Quatre projets européens – Nabucco, TAP (Trans Adriatic Pipeline), ITGI (Interconnector Turkey-Greece-Italy) et White Stream – sont en concurrence pour réduire cette dépendance par le développement de nouvelles routes. La Russie, afin de défendre son monopole énergétique, est présente avec un projet ambitieux, South Stream, dont l’objectif est de transporter deux fois plus de gaz que Nabucco. Ces projets se différencient, soit par la composition du consortium, soit par la route de transit envisagée.

Nabucco, le projet prioritaire de l’Union européenne, est le plus long et le plus complexe. Il s’étendra sur 3 300 kms, entre Erzurum en Turquie et Baumgarten en Autriche et contournera la Russie. Ses actionnaires sont multiples : OMV (Österreichische Mineralölverwaltung) en Autriche ; MOL (Magyar Olaj és Gázipari) en Hongrie ; Transgaz en Roumanie ; Bulgargaz en Bulgarie ; BOTAS (Borum Hatlari ile Petrol Tasima Anonim sirketi) en Turquie et RWE (Rheinisch-Westfälisches Elektrizitätswerk Aktiengesellschaft) en Allemagne. Chacun d’entre eux participe à hauteur de 16,67 %.

Le projet de gazoduc Transadriatique (TAP) est basé sur un partenariat tripode qui implique Statoil en Norvège ; EGL (European Gas Limited) en Suisse et E.ON Ruhrgaz en Allemagne. Il transite par trois pays : la Turquie, la Grèce et l’Albanie. Le gazoduc White Stream est un consortium anglo-américain. À partir de l’Azerbaïdjan, il parcourt les montagnes de l’Ouest géorgien, la zone maritime turque de la mer Noire et la Roumanie.

Enfin, ITGI, consortium constitué par DEPA (Dimosia Epichirisi Paroxis Aeriou), l’opérateur public de transport de gaz en Grèce ; Edison en Italie et BOTAS en Turquie est le projet le plus avancé et le plus atypique. Il comprend trois segments ; le gazoduc entre la Turquie et la Grèce et deux inter-connecteurs Turquie-Grèce (ITGI) et Grèce-Italie (IGI). Un volet complémentaire est prévu avec la ligne de dérivation qui constituera l’inter-connecteur Grèce-Bulgarie (IGB). Le projet ITGI est prévu pour être opérationnel en 2015, l’interconnexion Grèce-Italie reste à construire.

Il faut souligner le fait que Nabucco et ITGI bénéficient du soutien financier de Bruxelles. En 2007, la Russie a développé South Stream en partenariat avec l’entreprise italienne ENI (Ente nazionale idrocarburi) face à ces quatre projets qui contournent la Russie pour transporter le gaz de la mer Caspienne vers les pays de l’Union européenne. Depuis, le français EDF et l’allemand BASF, à travers sa filiale Wintershall, ont rejoint le projet. Le premier s’est engagé pour au moins 10 % des parts de la partie offshore et le second a annoncé, le 23 mars, un engagement à hauteur de 15 %. Le gaz sera acheminé sous la mer Noire vers la Bulgarie, puis la Serbie, l’Italie et l’Autriche. Le 6 août 2009, la Turquie avait donné son feu vert à la pose du gazoduc dans ses eaux territoriales.

Trois options s’offrent à la Turquie : opter uniquement pour le corridor Sud de l’énergie en excluant ainsi le projet russe ; coopérer au contraire totalement avec la Russie au risque d’exclure les projets européens ou, enfin, tenter de rester dans une position d’arbitre et ne pas prendre parti.

Dans un premier scénario, si Ankara opte pour Nabucco, il met, de fait, en péril ses relations avec Moscou qui est son premier partenaire économique. Dans le deuxième scénario, en coopérant avec la Russie et en apportant un soutien exclusif au projet South Stream, la Turquie retire sa signature de l’accord intergouvernemental lié au projet Nabucco. Le monopole russe de l’énergie et la nature des relations économiques et politiques entre Ankara et Moscou se renforcent ; le prix du gaz russe devient plus compétitif pour la Turquie ; l’Union européenne revient sur le processus d’adhésion de la Turquie, les réticences à son adhésion se renforcent et l’ouverture du chapitre sur l’énergie demeure suspendue dans les négociations d’adhésion, enfin, la présence de l’Union européenne en Mer Noire s’affaiblit.

Dans le troisième scénario, les autorités turques évitent de prendre position sur les deux projets. Contrairement aux deux précédents scénarios, cette position médiane permet de maintenir de bonnes relations tant avec Moscou qu’avec Bruxelles. La question du mutisme des autorités turques pendant la campagne électorale prend alors tout son sens. Le premier ministre R.T. Erdogan met tout en œuvre pour la mise en place de Nabucco mais se garde de communiquer sur ses véritables choix.

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Ramazan 5 août, 2011 À la une, Économie No Comments >> Mots clés: , , , ,

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