Accueil » À la une »Politique étrangère » Lecture courante:

La Turquie accordera entre 65 et 70 millions de dollars à la reconstruction du Darfour

Al-ahram hebdo : Comment concevez-vous le règlement de la crise du Darfour ?

Quelle est la contribution apportée par la Turquie à la solution de ce conflit, d’autant plus que la Turquie a coprésidé, avec l’Égypte, la conférence sur la reconstruction du Darfour qui s’est tenue le 21 mars au Caire, sous l’égide de l’Organisation de la conférence islamique ?

Ahmet Davutoglu : La Turquie, en sa qualité d’allié stratégique de l’Union africaine et membre non permanent au Conseil de sécurité, apporte son soutien total aux efforts de la communauté internationale afin de garantir la sécurité et la stabilité au Soudan.

Nous considérons les élections prévues le mois prochain comme l’occasion de jeter les bases de la paix et de la stabilité.

Dans le cadre du processus de paix lancé à Doha, les mesures prises récemment ont été orientées dans la bonne direction afin de dépasser la spirale de conflit qui a frappé le Darfour avec atrocité. Nous soutenons les énormes efforts déployés par le médiateur de l’ONU et de l’UA au Darfour. Nous estimons que le rapprochement qui a eu lieu récemment entre le gouvernement du Tchad et le Soudan contribuera de manière décisive à garantir la paix durable. La communauté internationale, quant à elle, doit poursuivre et soutenir les tentatives du peuple soudanais pour asseoir la paix et donner naissance à un Soudan prospère.

La Turquie a une solide relation avec le Soudan qui remonte au XVIe siècle. En résultat à ces relations anciennes, la Turquie croit que la paix, la solution politique, la poursuite des aides humanitaires et l’égalité doivent former la base à toute solution au Darfour.

Armés de tous ces facteurs, nous avons eu l’honneur d’obtenir cette chance de coprésider la conférence internationale des donateurs pour le développement et la reconstruction du Darfour. Nous sommes particulièrement heureux de faire partie des efforts du peuple soudanais et de la communauté internationale pour asseoir la paix.

Pour notre part, nous apportons une assistance au Darfour à travers l’Agence internationale de coopération et de développement (TIKA). Cette aide doit s’élever de 65 à 70 millions de dollars entre 2010 et 2015.

— La Turquie compte-t-elle poursuivre sa médiation entre la Syrie et Israël ?

— Un progrès remarquable a été réalisé dans les négociations indirectes jusqu’au moment où elles ont été gelées à cause de la crise de Gaza, décembre 2008-janvier 2009. Ces négociations ont engendré un climat positif dans cette région et ont ressuscité l’espoir en la paix globale. Le rôle de la Turquie dans ces négociations a été digne de louanges, non seulement par les deux parties, mais également par la communauté internationale.

Le côté syrien, quant à lui, a affiché sa disposition à poursuivre les négociations là où elles se sont arrêtées.

Nous croyons que la reprise rapide de ces pourparlers sur le volet israélo-syrien est nécessaire pour une paix globale dans la région. La Turquie est prête à faciliter cette mission si les deux parties le demandent.

— Jusqu’à quel point la Turquie est-elle convaincue de contribuer au projet de l’Union Pour la Méditerranée (UPM) ? Pensez-vous que c’est une tentative d’empêcher la Turquie d’adhérer à l’UnionEuropéenne (UE) ?

— La Turquie a pour objectif de contribuer à la réalisation et la consolidation de la paix, la stabilité, la sécurité et la prospérité dans la région de la Méditerranée. Nous considérons l’UPM comme un pas dans ce sens et nous voudrons tenir un rôle dynamique dans ce processus.

La nomination du Jordanien Ahmed Messaedeh au poste de secrétaire général de l’UPM et l’adoption du règlement interne du secrétariat général sont des pas importants dans l’évolution de l’UPM. Nous espérons que ce secrétariat à Barcelone sera prêt à assumer ses prérogatives le plus vite possible.

La Turquie adopte une politique étrangère multilatérale. L’adhésion à l’UE est un choix stratégique de la Turquie et un objectif en tant que tel.

L’adhésion à part entière à l’UE est une priorité, mais nous savons que le chemin est long et difficile.

Effectivement, nous affrontons nombre d’obstacles politiques sur ce chemin.

— Comment voyez-vous le règlement de la crise du dossier nucléaire iranien ?

— La Turquie encourage le dialogue en vue de dépasser les différends au niveau de ce dossier.

Je crois qu’il faut chercher une solution diplomatique qui est tout à fait possible. Vu les turbulences dans la région, il s’agit de l’unique solution souhaitable et possible. Nous ferons de notre mieux pour adopter la solution diplomatique dans cette région qui a toujours été déchirée par les guerres et les conflits.

Notre position est claire au niveau du règlement de la question nucléaire iranienne.

Toute solution doit prendre en considération le droit de chaque pays, respectant les dispositions du Traité de non-prolifération nucléaire, à l’usage du nucléaire à des fins pacifiques.

La diplomatie et le dialogue doivent être ressuscités et préservés.

— La Syrie et l’Iraq ont critiqué la Turquie pour avoir retenu leurs quotas d’eau traversant les frontières communes sur  les fleuves du Tigre et l’Euphrate.

Qu’en dites-vous ?

— D’abord, la Turquie estime que les eaux transfrontalières sont un outil important pour améliorer et consolider les relations entre le voisinage. Partant de là, la Turquie ne ferme jamais les yeux sur les besoins des pays de la vallée du fleuve, c’est-à-dire la Syrie et l’Iraq.

La Turquie soutient l’usage raisonnable et exemplaire des eaux des fleuves du Tigre et de l’Euphrate au profit des trois pays riverains. Notre ultime objectif étant de gérer les ressources en eau du bassin du Tigre et de l’Euphrate d’une manière unifiée en vue de garantir les besoins nécessaires tout en prenant en considération les circonstances hydrauliques et climatiques.

Raison pour laquelle la Turquie ne soutient pas un accord précisant des quotas fixes.  Les eaux transfrontalières peuvent être une réelle opportunité de coopération au lieu d’être source de conflits.

— La Turquie aujourd’hui assume un rôle plus important dans le monde arabe et le Proche-Orient. Quelles en sont les raisons ?

— La nouvelle action turque est intrinsèquement liée à sa lecture des changements majeurs dans les données économique et sécuritaire dans la région depuis la fin de la guerre froide. Elle est due aussi à l’essor économique et la confiance dont jouit aujourd’hui la Turquie. Il faut dire également que la rapidité des événements et les conjonctures politiques régionales ont obligé la Turquie à s’orienter avec plus de dynamisme avec ses voisins.

Quatre principes essentiels sont pris en compte par la Turquie dans sa politique étrangère. Premièrement, « la sécurité pour tous » qu’il faut à tout prix respecter. Le deuxième principe consiste à résoudre les différends par le dialogue politique et l’interaction. Le troisième principe est celui de la dépendance économique mutuelle et enfin celui de l’entente culturelle et du respect réciproque.

Ces quatre principes sont nos appuis dans le sens de notre complémentarité et coopération avec notre voisinage. Au cours des sept dernières années, nous avons adopté la politique de « zéro problème » dans nos relations avec nos voisins. Notre objectif est de mettre fin aux litiges et raffermir la stabilité par le biais de nouveaux mécanismes et de canaux de résolution des litiges en encourageant le changement positif et en établissant les ponts transfrontaliers par le dialogue et l’entente.

— Comment la Turquie peut-elle profiter de ses relations avec Israël pour promouvoir le processus de paix au Moyen-Orient ?

— Nos relations avec Israël, comme ceux nous liant aux pays de la région, sont bâties sur l’entente en accord avec les intérêts de nos peuples.

Nous avons proposé de mener une médiation dans des négociations indirectes entre la Syrie et Israël. Nous incitons Israël à entreprendre des pas positifs pour poursuivre le processus de paix, lever le blocus imposé à Gaza et s’abstenir de prendre des actes préjugeant des questions du statut final ou de changement du statut de Jérusalem.

— Comment évaluez-vous les relations bilatérales égypto-turques ?

— Les relations égypto-turques reposent sur l’amitié et les liens de fraternité des deux pays au fil de leur histoire commune, de leur ressemblance culturelle,  leurs valeurs communes et leurs intérêts mutuels. Nos relations se développent positivement.

Nous avons pu réaliser un niveau satisfaisant dans les différents domaines de coopération.

Les indices positifs de nos relations politiques se répercutent également sur nos dossiers économiques. Dans ce cadre, les relations économiques égypto-turques prospèrent et les échanges commerciaux ont été multipliés par trois. Il est évident que les liens humains et culturels bien  enracinés entre nos deux nations représentent notre plus grande force motrice.

Je crois vraiment que l’esprit de coopération entre la Turquie et l’Égypte, les deux piliers de la région moyen-orientale et du bassin méditerranéen et euroasiatique contribueront positivement à la paix et à la stabilité régionale.

Share

Commentaires sur cet article:







*

Catégories

Login

Turquie de France sur Facebook

FootBall

Méssage récent du Forum