Accueil » À la une »Europe » Lecture courante:

L’Europe a besoin de la Turquie

Le ministre turc aux Affaires européennes déplore un processus d’adhésion semé d’embûches. Mais Egemen Bagis l’assure : l’Europe a besoin de la Turquie.

Egemen Bagis était vendredi de passage à Bruxelles.

Celui qui est aussi négociateur en chef pour la Turquie a rencontré plusieurs membres de la nouvelle Commission européenne, avec lesquels il a discuté de la possibilité d’ouvrir de nouveaux chapitres de négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union : politiques sociales, sécurité alimentaire, protection des consommateurs.

Cinq ans après le début des négociations d’adhésion, le processus est particulièrement chaotique. Sur les 35 chapitres de négociations, 12 seulement sont ouverts, et un seul a été conclu…

Vous savez, il nous a fallu attendre 45 ans juste pour obtenir une date d’ouverture des négociations d’adhésion. C’est cela qui a été le plus difficile. Une fois que le processus est lancé, il ne s’arrête plus. Tous les pays candidats à l’adhésion ont fini par rejoindre l’UE. Tous. Sauf la Norvège, mais c’est parce que sa population a voté non par référendum. Nous ne ferons pas exception à la règle.

N’avez-vous pas parfois l’impression que certains Etats membres tentent de chercher une porte de sortie : Nicolas Sarkozy a tenté de vous recaser dans une Union méditerranéenne, Angela Merkel parle de vous offrir un partenariat stratégique ?

En 2005, nous avions un but, qui n’a pas changé : l’accession à l’Union. Depuis, douze chapitres de négociations ont été ouverts : cela signifie que cela a été accepté par tous les Etats membres. Il n’y a pas d’alternative à l’adhésion. Quand on nous propose d’être des partenaires privilégiés, nous nous sentons insultés. Nous sommes embarqués sur une plateforme win win. Chaque jour qui passe rend la Turquie plus dépendante de l’Union, mais l’inverse est également vrai.

Le rythme des réformes s’est ralenti, en Turquie, ces dernières années. Est-ce dû au contexte politique ? Ou à une certaine lassitude ?

Plutôt que de lassitude de la Turquie par rapport aux réformes, je parlerai plutôt d’une fatigue européenne de l’élargissement. C’est vrai que rien qu’en 2007, nous avons connu des élections.

En 2008, un recours a été déposé devant la Cour constitutionnelle pour faire interdire l’AKP, le parti (islamo-conservateur – NdlR) du Premier ministre Erodgan (la Cour a finalement rejeté ce recours mais privé l’AKP de la moitié de ses subventions pour activités anti-laïques – NdlR).

Mais, malgré ces difficultés, nous avons continué à entreprendre des réformes pour conformer notre législation à l’acquis communautaire d’ici 2014, nous avons aboli la peine de mort, nous avons créé une chaîne de télévision publique en kurde, nous cherchons à apaiser toutes les tensions avec nos voisins Tous ces efforts prouvent que la Turquie est déterminée. Le problème c’est que l’on met trop d’obstacles sur notre route.

Je peux seulement travailler sur quatre chapitres de négociations, dix-sept sont bloqués politiquement. La Turquie est partenaire du projet de gazoduc Nabucco. Mais le chapitre de l’énergie est bloqué politiquement, ce qui met en péril l’approvisionnement énergétique de l’UE. C’est quelque chose que j’ai du mal à comprendre. Nous ne demandons pas d’en faire moins qu’à d’autres, mais nous ne voulons pas qu’on nous en demande d’en faire plus.

Certains chapitres sont bloqués, c’est aussi parce que vous refusez toujours d’ouvrir vos ports et aéroports aux appareils chypriotes grecs, alors que vous vous y êtes engagés en signant le protocole d’Ankara. Ne pensez-vous pas que ce serait perçu comme un signe de bonne volonté de votre part ?

Nous faisons preuve de bonne volonté envers Chypre. En 2004, Nous avons soutenu le plan de réunification de l’île du secrétaire général des Nations unies. Les Chypriotes turcs l’ont approuvé à 65 %, mais les Chypriotes grecs l’ont rejeté à 75 %. Et seule la partie grecque de l’île est entrée dans l’Union. Nous n’avons jamais eu, nous, de contrepartie en échange de notre bonne volonté. Nous avons promis d’ouvrir nos ports et aéroports aux appareils chypriotes et nous le ferons. Mais le problème chypriote ne sera vraiment réglé que par une poignée de main entre les présidents chypriotes grecs et turcs Papadopoulos et Talat.

Les autorités turques ont protesté après que le Parlement suédois a voté la semaine dernière une loi sur la reconnaissance par la Suède du génocide arménien. Après ce vote, M. Erdogan s’est demandé s’il ne fallait pas expulser les 100 000 Arméniens qui vivent illégalement en Turquie.

Ce n’est pas le rôle des parlements d’écrire l’histoire. Ça, c’est la tâche des historiens. Par ailleurs, M. Erdogan n’a pas dit qu’il allait expulser ces gens qui prennent soin des personnes âgées, ou des enfants turcs. Ils se demandent seulement si certains, à l’extérieur, ne veulent pas qu’on les expulse. Les Arméniens de Turquie sont les otages de la diaspora arménienne qui utilise la haine de la Turquie comme un facteur d’unification.

Pourquoi, près d’un siècle après les faits, semble-t-il toujours si difficile d’ouvrir ce débat en Turquie ?

Le Premier ministre Erdogan a écrit à son homologue arménien en lui proposant d’ouvrir les archives turques et en lui demandant d’ouvrir les siennes. Pour bien faire, il faudrait que d’autres pays, comme l’Allemagne (dont l’Empire ottoman était l’allié, lors de la Première guerre mondiale -NdlR) ouvrent également les leurs. Nous disons : “Nous sommes prêts à faire face à notre histoire si vous êtes prêts à faire face à la vôtre.”

Certains détracteurs de l’adhésion turque avancent que son entrée dans l’Union bouleverserait les équilibres au Conseil et au Parlement, en raison de son poids démographique. D’autres avancent qu’un Etat musulman de cette taille n’a pas sa place dans une Europe construite sur les valeurs judéo-chrétiennes…

La Turquie ne s’est pas élargie depuis que les négociations ont commencé. Et quand les Européens ont ouvert les négociations avec nous, nous étions déjà un Etat dont la majorité des citoyens sont musulmans. D’ailleurs, il y a plus de musulmans et même de citoyens d’origine turque en Europe que de ressortissants de certains pays de l’Union. Je vous le dis : à long terme, vous aurez besoin de nous.

Share
Ramazan 30 mars, 2010 À la une, Europe No Comments >> Mots clés: , , , , ,

Commentaires sur cet article:







*

Catégories

Login

Turquie de France sur Facebook

FootBall

Méssage récent du Forum