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Istanbul veut sa part du gâteau de la mode

Reconnue pour son savoir-faire en matière de confection et travail du cuir, la Turquie investit dans la création et le marketing.

Objectif : l’émergence de nouvelles marques capables de rivaliser avec les plus grandes.

La « fashion week » indicateur avancé du développement économique de la Turquie ?

Un révélateur en tout cas. Au même titre que le lancement d’une édition turque de « Vogue », que l’émergence d’un marché de l’art contemporain ou que l’éclosion des galeries et cafés branchés de Tünel et Sentralistanbul, quartiers « arty » du Bosphore.

Tenue le mois dernier juste avant celles de New York, Londres, Milan et Paris, l’Istanbul Fashion Week a valeur de manifeste, à voir la manière dont se sont mobilisés ses organisateurs, les autorités turques et l’Itkib, puissante organisation professionnelle rassemblant les exportateurs de la filière textile.

Capitale européenne de la culture 2010, Istanbul se rêve aussi en vitrine mondiale de la mode alors que les créateurs locaux ont jusqu’à présent eu plutôt tendance à s’expatrier à Londres (Hussein Chalayan) ou Paris (Dice Kayek, voir par ailleurs).

Le moyen d’y parvenir ? En investissant davantage dans la création et le style pour faire émerger des marques nouvelles et attirer en Turquie des talents venus d’ailleurs.

Un effort de longue haleine initié en 2007 avec la création de l’Istanbul Moda Academy (IMA), qui doit beaucoup à l’aide financière de l’Union européenne.

Lancée dans le cadre d’un partenariat stratégique avec le London College of Fashion, l’IMA a déjà formé 170 étudiants et compte attirer de plus en plus d’étrangers en développant ses liens avec d’autres écoles. A l’instar de ceux noués avec Polimoda à Milan, sa directrice, Seda Lafci, aimerait organiser avec l’Institut français de la mode (IFM) des modules de formation permanente axés sur le management de la mode.

Deuxième partenaire textile de l’Union européenne après la Chine, la Turquie s’est longtemps satisfaite du rôle obscur de sous-traitant pour les grandes marques anglaises, françaises et italiennes. « Nous devons maintenant passer à une nouvelle étape », déclare le président de l’Itkib, Hikmet Tanriverdi.

Juste derrière l’automobile, la mode et le textile au sens large (comprenant l’habillement, le linge de maison, les tapis et la maroquinerie) constituent la deuxième industrie exportatrice du pays et lui ont rapporté quelque 20 milliards de dollars l’an dernier (23 milliards en 2008). Si la crise est passée par là, l’ambition demeure.

Hikmet Tanriverdi vise les « 100 milliards d’exportations en 2023 » (date symbolique marquant le centième anniversaire de la prise du pouvoir par Atatürk) tandis que le ministre du Commerce extérieur, Zafer Caglayan, lui aussi amateur de comptes ronds, voit dans la création « de dix marques mondiales turques » un levier efficace pour hisser son pays à la dixième place économique.

Course à la notoriété

De ces quatre jours de collections signées de 24 jeunes créateurs, les professionnels français de la mode invités ont tiré la même leçon. Le fondateur d’Agents de Luxe, Donald Potard, se dit « impressionné par la qualité et la solidité des savoir-faire dans le travail sur le vêtement, le modélisme, la coupe et le travail du cuir. Moins par le stylisme proprement dit ».

Le président de l’IFM, Dominique Jacomet, retient « leur vision globale de la mode assortie d’une parfaite compréhension du marketing ». Anna Luiza, propriétaire du showroom à son nom, constate que, si « toutes les bases sont là. reste à libérer la créativité en s’affranchissant des tendances de Paris et Milan ».

Dans la course à la notoriété certains semblent plus avancés. Comme Arzu Kaprol soutenue par Boyner, l’un des plus grands groupes de prêt-à-porter, propriétaire aussi de Beymen, la chaîne de grands magasins de luxe.

La jeune femme a commencé comme directrice artistique d’une de leurs lignes, Network, un Max Mara local. « Ca marchait très bien et ils m’ont proposé de produire mes propres collections et de m’aider à ouvrir des boutiques », racontet-elle.

Robe cocktail à sequins, blouson en tulle stretch gansé de cuir, mini-boléro à manches plissées… Ses modèles mettent en valeur la qualité de la « main » turque, quitte à risquer la surcharge ou l’effet redondant. « Avec une de ses robes, un styliste européen en ferait trois », note ainsi Anna Luiza.

Tout va très vite en tout cas puisque Arzu Kaprol décline son nom dans l’univers de la maison avec une quinzaine de points de vente.

Autre marque à surveiller : Desa. Parfait exemple de façonnier devenu une marque à part entière. Fondée en 1972, la société spécialiste du tannage des peaux et du travail du cuir est bien connue des grands noms du luxe qui, comme Prada, Miu Miu, Burberry ou Mulberry, sous-traitent chez elle la fabrication de leurs sacs.

Mais, depuis une quinzaine d’années, Desa a sa propre collection. Bénéficiaire du label « Turquality », Desa a été aidé par les autorités dans son expansion internationale.

Distribuée dans 70 points de vente en Turquie et en Arabie saoudite, la marque se fixe comme prochaine étape l’implantation en Europe continentale avec, ce qui reste un « must », une boutique à Paris.

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Ramazan 9 mars, 2010 Culture, Dossiers No Comments >> Mots clés: , , , , , , , ,

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