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Europe-USA et la Turquie

Alors que Washington risque de sérieux ennuis diplomatiques et militaires avec la Turquie, en projetant la reconnaissance d’un génocide arménien ; l’Europe, à travers le coup de filet dans les milieux kurdes du PKK gagne, le même jour, en considération auprès d’Ankara. C’est tout le paradoxe de la stratégie transatlantique depuis l’arrivée d’Obama au pouvoir aux USA.

Le même jour où la Commission des affaires étrangères du Congrès américain adopte une résolution reconnaissant un génocide commis par l’Empire Ottoman, en 1915, contre les populations arméniennes, la police fédérale, en collaboration avec celles d’autres Etats européens annonce un «coup de filet» dans les milieux kurdes, plus précisément dans ceux appartenant au réseau du parti des travailleurs du Kurdistan turc (PKK).

C’est-à-dire qu’au même moment où les USA porte un coup de boutoir politique et diplomatique au gouvernement d’Ankara, des pays de l’Union européenne lui prêtent main forte dans sa lutte contre l’opposition kurde.

Les USA risquent l’embrouille politique et diplomatique avec le gouvernement turc, alors que l’Europe gagne en sympathie et confiance auprès des dirigeants turcs.

Fait du hasard peut-être, mais la symbolique est forte et traduit, à l’évidence, la tendance des gouvernements européens à prendre leur distance de la nouvelle approche américaine des relations internationales sous la houlette de l’équipe de Barack Obama, particulièrement en ce qui concerne la gestion des principaux foyers de crise dans le monde. L’exemple des atermoiements des Européens face à la question afghane est révélateur de ce retournement de «veste». La solidarité européenne dans la lutte contre les talibans et le terrorisme mondial n’est plus de mise.

Au retrait des contingents militaires de certains pays (ex : Espagne) suivent des annonces de non renouvellement et de retrait progressif (Italie, Grande Bretagne…). Pourtant, la Turquie est le principal allié des USA dans la région, non seulement du Proche et Moyen Orient, mais aussi pour tout l’espace de l’Asie mineure et les pays du Caucase, voisins de la Russie. Base avancée des forces de l’Otan (sous commandement américain) la Turquie est depuis la fondation de l’Otan en 1949, le soutien à la doctrine américaine dans l’équilibre géostratégique face aux ambitions russes. Aussi, est-on en droit de s’interroger sur «l’acte» américain dans la reconnaissance d’un génocide arménien.

L’équipe de la Maison blanche aurait – elle perdu le sens de la stratégie politique pour se brouiller avec la Turquie? D’autant plus sur une question «d’histoire» vieille de près d’un siècle et qui ne la concerne pas de si près ? La réalité est que l’équipe Obama est dans une logique, justement, historique : celle du 3ème millénaire qu’aborde l’humanité, celle de la chute des régimes communistes et la fin de la guerre froide, celle de la mondialisation tous azimuts, celle de la nécessité d’une concertation multilatérale sur les crises actuelles, celle d’une nouvelle ère internationale. La construction de cette nouvelle histoire du monde exige que les pays exhument les injustices du passé pour extirper la haine qui habite encore les mémoires des peuples.

Les USA ont précédé l’Europe dans la reconnaissance de l’esclavagisme comme crime contre l’humanité, ils ont reconnu leur échec au Vietnam et les souffrances qu’ils lui ont fait subir. Ce n’est pas le cas des Etats européens coloniaux. La France si prompte à reconnaître un génocide arménien par une loi punissant sa négation, refuse de reconnaître ses actes de guerre et crimes coloniaux. L’Italie a été plus courageuse à affronter sa «brève» présence en Libye (1911 -1943). Aujourd’hui, le front antiterroriste mondial naît au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 contre les USA subit une érosion et la défection des Etats européens.

Rappelons-nous que l’Europe a été longtemps frileuse dans la lutte contre le fléau du terrorisme mondial avant le 11 septembre 2001. Certains Etats européens ont été, avec l’hydre terroriste, à la limite de la complicité, tant ils accueillaient ses idéologues et fermaient les yeux sur leurs activités de propagande et de soutien logistique. Pour tout dire, l’Europe n’arrive pas à se défaire des idéologies qui ont fait le 20ème siècle, celles bâties sur la loi du plus fort, quitte à aller à l’affrontement et qui ont soldé le siècle passé par des millions de morts dans ses colonies ; deux guerres mondiales, et le génocide du peuple juif. Le 20ème siècle a été violent jusqu’à ses derniers jours avec la guerre des Balkans. Là aussi, il a fallu l’intervention des avions américains contre la Serbie pour mettre fin au conflit qui s’enlisait.

C’est pourquoi, en proposant au Congrès américain une résolution sur la reconnaissance d’un génocide commis par l’armée ottomane contre les Arméniens, les sénateurs de la Commission des affaires étrangères ne font que s’inscrire dans une perspective historique nettoyée des relents de vengeances de la mémoire. C’est le prix à payer pour la construction de la paix dans le monde. Le coup de filet en Belgique, de concert avec d’autres pays européens obéit, à coup sûr, à des impératifs de sécurité et de solidarité avec le gouvernement turc. Mais il ne suffira pas à régler la complexité de la question kurde.

«La vieille Europe» disait George Bush, alors que ses dirigeants accourraient pour soutenir toutes ses décisions, aussi illégales étaient-elles. C’était hier.

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Ramazan 7 mars, 2010 À la une, Politique étrangère No Comments >> Mots clés: , , , ,

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