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Etes-vous Turc ou Français?

A l’heure où un projet de loi français a été déposé visant à supprimer la double-nationalité, nous avons souhaité récolter le témoignage de personnes concernées : Français avec un conjoint turc, enfants de couple-mixte, Turcs nés en France…

Loin de l’idée induite de ” sous-citoyenneté”, nous avons essayé d’aborder les bonnes questions : Qu’est-ce qu’être Turc ou Français ? Change-t-on de nationalité ? Choisit-on entre deux nationalités ?

Marc Murat : ” L’ouverture du cœur d’un Turc, et l’ouverture d’esprit d’un Français “

Marc Murat, français marié à une Turque, vit à Istanbul depuis 1994. Devenu Turc par mariage.

Lepetitjournal.com : Comment avez-vous acquis la nationalité turque ?

J’ai commencé les démarches administratives de naturalisation en 2001.

 Je vivais déjà à Istanbul depuis 1995, après avoir effectué un stage en 1994 pendant lequel j’avais rencontré ma future femme Reyhan.

J’avais un travail, des employeurs français ou turcs, et à chaque renouvellement de permis de résidence et surtout de permis de travail, j’étais confronté à des tracasseries administratives.

J’étais tributaire du bon vouloir des administrations, ma décision a donc été avant tout pratique.

 Par ailleurs, j’étais marié à une Turque, et il nous devenait à tous les deux naturel de partager la même nationalité : Reyhan a donc pris la nationalité française et moi la turque… En fait, j’ai passé ma vie d’adulte ici, ma vie était ici, ça devenait évident…

Vous vous faîtes appeler Marc Murat, un clin d’oeil ?

Pour réunir les éléments nécessaires au dossier de naturalisation, cela a pris pas moins de 3 mois et j’ai ensuite attendu 3 ans pour obtenir l’acceptation du dossier. Je m’en souviens encore comme si c’était hier : Reyhan ne pouvait pas m’accompagner ce jour là, c’est donc ma belle-mère qui est venue avec moi au bureau des naturalisations. Nous sommes rentrés dans une grande salle vide, un homme moustachu (le Turc typique dans l’imaginaire français) était assis avec un journal grand ouvert et la télé allumée… rien ne laisser présager que j’étais en face d’un fonctionnaire de l’Etat !

Il y avait deux cases vides dans le dossier : nom et prénom turcs, il fallait les remplir, simple obligation… J’ai choisi Murat pour la ressemblance avec Marc, on m’appelait déjà un peu comme ça au bureau… Et j’ai pris le nom de jeune fille de ma femme en tant que nom de famille, Uzdil. Après tout, les femmes ont bien un nom de femme mariées…alors pourquoi pas moi ?

A quoi êtes-vous le plus attaché dans la nationalité turque ?

Ce en quoi je me sens le plus proche des Turcs, c’est dans leur spontanéité, dans l’ouverture vers l’autre… Les Turcs ont vraiment le cœur sur la main, ce n’est pas une légende. Et puis, en Turquie, la vie est fluide : ” problem yok “, autrement dit “pas de problème !”, il y a toujours une solution à tout. Les Turcs sont très arrangeants, prévenants, prêt à vous faciliter la vie… Toutes ces petites attentions rendent la vie plus douce.

Enfin, moi qui suis normand, j’adore la présence de l’eau à Istanbul : le Bosphore que je traverse tous les jours car j’habite à Üsküdar, la Mer de Marmara, la Corne d’Or, c’est captivant et magique. Je me sens vraiment stambouliote !

Et en quoi vous sentez-vous le plus Français ?

Je me reconnais dans l’ouverture d’esprit des Français, qui sont globalement ouverts sur le monde, et aussi dans le fait de remettre en question les choses, dans différents domaines comme les sciences, la littérature, dans le fameux “esprit critique” français. J’aime bien le concept des intellectuels français, même si je n’aime pas cette “caste”.

Que pensez-vous de l’annulation de la double-nationalité, d’un choix forcé entre deux nationalités ?

Je pense que c’est une idée rétrograde, c’est pointer le doigt vers une catégorie de gens qui apportent une richesse au pays… Personnellement, j’aurais autant de mal à renier ma nationalité turque que française… Quand je suis en France, la Turquie me manque, quand je suis en Turquie, la France me manque. Je crois que c’est ma meilleure définition de ma double nationalité…..

Sema : “J’aime la France à la turque !”

Sema, Turque, est née en Turquie puis a vécu en France à partir de l’âge de 3 ans. A acquis la nationalité française à 18 ans.

Lepetitjournal.com : Comment avez-vous acquis la nationalité française ?

Je suis née en Turquie et je suis arrivée enfant en France, à Reims. J’avais une vie à deux vitesses : à la maison dans un environnement turc, assez conservateur, avec mes parents et mes quatre frères et sœurs ; et à l’école, avec mes amis, une vie à la française. Dès l’âge de 18 ans, j’ai demandé la naturalisation, ce qui venait d’une envie profonde d’être française.

J’étais aussi très reconnaissante à la France de son accueil et de m’avoir permis de poursuivre des études ; on n’est souvent pas assez conscient que la France est un pays où l’on a la chance d’avoir une éducation gratuite. Pour moi, la demande de nationalité française, ce n’était pas du tout une question de papier, c’était vraiment affectif.

En quoi vous sentez-vous le plus Française et le plus Turque ?

“En quoi je me sens Française… ? ” C’est une drôle de question, c’est comme si vous me demandiez qui êtes-vous ? Pour moi, c’est une évidence… Ceci dit, je pense que le fait d’avoir été sur les bancs de l’école française, qui plus est dans le domaine des mathématiques, m’a donné un côté rigoureux, cartésien que j’associe à la France. Je suis aussi très sensible à l’injustice, aux droits et devoirs de chacun, je crois que c’est très français…

Sans tomber dans des généralités, j’ai le côté spontané, affectif et enthousiaste des Turcs. Je suis aussi très curieuse, alors qu’en France, on prend parfois ce trait de caractère pour de l’intrusion. Pour moi, la curiosité chez les Turcs, c’est l’intérêt porté à l’autre. Ce qui est amusant par contre, c’est le choc culturel que j’ai ressenti lors de mon arrivée en Turquie en 2003. Il m’a fallu une bonne année pour m’adapter et retrouver avec plaisir finalement les réflexes culturels enfouis en moi, le langage, l’humour, la musique bref, l’attitude…

En fait, je me sens complètement à l’aise dans ma double-nationalité. C’est aussi un atout du point de vue professionnel. En effet, ici, j’ai créé mon entreprise de textile, mes clients sont français et mes partenaires sont des usines turques. Je jongle donc avec mes deux pays au quotidien et je fais le pont entre les deux cultures en jouant un rôle de médiation, bien au-delà de la traduction… Par ailleurs, je suis aussi Conseillère en Commerce Extérieur pour la France. Je suis très fière de ce rôle qui résume bien mon identité double-nationale.

Que pensez-vous de cette idée d’annulation de la double-nationalité, de choix forcé ?

Je pense que c’est un projet inutile… Je n’ai pas envie d’en entendre parler. Je trouve qu’une double-nationalité, c’est un tel équilibre que le choix me semble impossible… La France fait partie de moi, et en même temps, depuis que je vis à Istanbul, j’ai l’impression d’être entière… La double-nationalité est un élément de mon identité. Comment renoncer à ça ?

Sources : Le Petit Journal

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Leyla 14 décembre, 2011 Turquie No Comments >>

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