Accueil » Turquie » Lecture courante:

Entretien de Ahmet Davutoglu pour France24 sur le texte de loi pénalisant la contestation de génocides

Voici l’interview à Ankara du Ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davuoglu par France24. Le sujet principal abordé est bien évidemment le texte de loi pénalisant tout génocide reconnu par la France (notamment le génocide arménien puisque le génocide juif est déjà complété d’une loi similaire).

Cette entretien tombe donc juste à 1 jour de la date de l’examen du Sénat français sur l’adoption ou non de ce texte de loi qui semble déjà poser problème constitutionnellement puisque la commission des lois président par Mr Sueur la juge irrecevable.

L’entretien :

La journaliste : Le mois dernier l’Assemblée nationale Française a voté un projet de loi qui puni la négation du génocide en général y compris la négation du génocide contre les arméniens sous l’Empire Ottoman. Que pensez-vous de cette initiative?

Ahmet Davutoglu : Je pense qu’il y a 4 dimensions au sujet de cette proposition de loi. La première c’est la dimension des valeurs, c’est la plus importante. La liberté d’expression, la liberté de l’opinion intellectuelle est une valeur universelle de notre époque. Il n’y a pas de dogme dans notre époque, spécialement en ce qui concerne l’histoire. Cette proposition de loi punie le fait d’avoir une position différente sur un évènement historique. Cela créée donc un dogme. C’est là qu’il s’impose aux historiens, aux intellectuels et aux hommes politiques d’avoir une seule explication d’un évènement historique. Donc ça va à l’encontre des Droits de l’homme. Il est surprenant qu’il n’y ai pas eu suffisamment de réactions des européens, des organisations des institutions européennes contre cette proposition de loi. S’il y avait une telle proposition en Turquie punissant ceux qui prétendent qu’il y a eu un génocide, il y aurait eu beaucoup de déclarations beaucoup de critiques contre une telle proposition de loi. C’est la dimension la plus importante. Il est temps maintenant pour les intellectuels français, pour les sénateurs français, de défendre nos valeurs communes. Les valeurs de liberté d’expression, ce sont des valeurs européennes, ce sont des valeurs françaises, et cette proposition va à l’encontre de ces valeurs.

Seconde dimension, ce sont les relations franco-turques. Supposons que moi Ministre des affaires étrangères je viens à Paris, et si je prétends que ce qui s’est passé en 1915 n’est pas un génocide je serai traduit devant les cours! Donc il n’y aurait plus de visites officielles à Paris en raison de ce problème! Par ce-que s’il y a une question des journalistes, comment est ce que nous pouvons rester silencieux?

Troisième dimension, c’est celle des relations turco-arméniennes. Cette proposition ne va pas aider à la normalisation entre la Turquie et l’Arménie. Nous sommes prêts à partager nos peines et nos douleurs communes, basées sur une mémoire juste. Des millions de turcs ont été tués, ont été forcés de quitter leurs maisons, leur pays, leurs terres de 1912 jusqu’en 1922. En une seule année à Gallipoli, nous avons perdu 500000 hommes et femmes. Et c’est l’Armée française qui a attaqué Gallipoli en 1915. En dépit de toutes ces douleurs, nous offrons une commission conjointe historique aux arméniens et à tous les historiens de tous les horizons. Maintenant il est temps de normaliser nos relations et nous sommes prêts à discuter de tout sur la base d’une mémoire juste.

Quatrième dimension, c’est le timing de cette proposition de loi. Si c’était un problème aussi important, pourquoi ce n’est que maintenant qu’on le met en avant? Cela n’arrive que le dernier mois avant l’élection! Ca signifie que ce ne sont pas de bonnes intentions qui l’ont fait arriver, c’est un opportunisme! Malheureusement les douleurs des arméniens et des turcs sont utilisées et nous sommes victimisés en raison d’un opportunisme politique qui va à l’encontre des valeurs politiques de notre siècle.

Le journaliste : Vous avez parlé des conséquences sur les relations franco-turques. Après le vote du projet de loi par l’Assemblée nationale vous avez gelé les contacts politiques avec la France, vous avez gelé la coopération militaire également. Y aura-t-il d’autres sanctions si ce projet de loi sera adopté?

Ahmet Davutoglu : Oui il y aura d’autres sanctions définitivement mais je ne peux pas les dévoiler maintenant. J’espère qu’on aura pas besoin de dévoiler ces sanctions. Mais personne ne peut s’attendre que la Turquie reste silencieuse. Il y aura plus de sanction, et cette fois-ci les sanctions seront permanentes jusqu’à ce qu’il y ai un changement dans la position française et personne ne peut s’attendre à ce que la Turquie adoucisse ses position par ce que c’est une attaque contre nos valeurs humaines.

La journaliste : D’aucun, au sein de parlement français et même au sein du gouvernement français s’élèvent contre cette proposition de loi. Mais dans le même temps nous avons pu constater des réactions très violentes de la part des nationalistes turcs contre le législateur français, à l’encontre de l’auteur de la proposition de loi (ndlr : Valérie Boyer) et cela ne fait pas avancer la cause de la Turquie. Qu’en pensez-vous?

Ahmet Davutoglu : Des violences? Non, non, non nous n’endossons jamais ce genre de menaces. Non je n’ai aucune information sur ce genre de choses. Nous sommes contre toute réaction violente. Mais les raisons démocratiques vont continuer par ce qu’il y a au moins 400000 turcs qui vivent en France. Certains d’entre eux, un nombre important d’entre eux sont des citoyens français. Bien sûr, personne ne s’attendrait que eux restent silencieux lorsque leur histoire est insulté et qu’en même temps les droit de la défense leur soient enlevées. Si chaque jour des dizaines de turcs disent “nous ne reconnaissons pas ce prétendu génocide”, quelles seraient leur réaction? Est ce-que la France, est ce-que la police française les arrêteraient et les défèreraient devant les tribunaux français? Des manifestations pacifiques, ou des réactions pacifiques sont des choses naturelles dans les société démocratiques. Mais nous sommes contre toute réaction violente ou contre toute menace, spécialement à l’encontre de sénateurs français par ce-que je crois en la sagesse collective des intellectuels, en la sagesse collective des sénateurs français. J’espère que cette sagesse collective va éviter toute décision malencontreuse lundi et dans les semaines à venir.

La journaliste : Vous avez dit un peu plus tôt, qu’une telle loi ne pourrait pas exister en Turquie, qu’il n’y aurai pas de telle loi en Turquie. mais on a vu par le passé des gens en Turquie être traduit en justice par ce qu’il se sont exprimés sur le génocide arménien.

Ahmet Davutoglu : En Turquie, aujourd’hui, tout le monde peut prendre la parole. Il y a eu plusieurs conférences internationales où les orateurs ont prétendu qu’il y a eu un génocide. Il n’y a aucune punition contre les opinions sur les évènements historiques. Nous avons changé tous les règlements, nous sommes arrivés au gouvernement et le but de ce gouvernement est de réformer le système turc. Mais même par le passé, il n’y avait pas une telle loi. Il y avait une interprétation par certains juges individuels. Mais dans la loi turque, il n’y a rien qui punisse qui que ce soit en raison d’une opinion.

Source : France24

Share

Commentaires sur cet article:







*

Catégories

Login

Turquie de France sur Facebook

FootBall

Méssage récent du Forum