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Ankara étend son rôle au Proche-Orient

Le premier ministre et ministre des Affaires étrangères qatari Sheikh Hamad bin Jassem bin Jabr al-Thani et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, à Doha le 13 février dernier

La diplomatie turque veut se poser en médiateur dans les conflits qui touchent la région.

Avec son sens aiguisé des retombées médiatiques, Recep Tayyip Erdogan n’allait pas se priver d’une telle tribune.

Le week-end dernier, le premier ministre turc a profité du Forum mondial Islam-États-Unis, organisé au Qatar et auquel participait Hillary Clinton, pour fustiger l’inaction de la communauté internationale face à la situation humanitaire à Gaza. Il a inclus sans les nommer les États présents et tançait ouvertement l’Égypte.

Mais le Qatar a déroulé un tapis rouge de compliments pour son hôte turc : le vice-premier ministre qatarien a qualifié de «voix des musulmans» l’un «des leaders favoris dans le monde arabe».

Ces éloges sont révélateurs de l’influence grandissante de la Turquie dans la région et du changement de perception des pays arabes à son égard.

Profitant du déclin des puissances traditionnelles, comme l’Égypte et l’Arabie saoudite, les Turcs convoitent désormais le leadership régional.

Erdogan en «nouveau Nasser»
Cette conquête passe symboliquement par la cause palestinienne. «Le problème palestinien est une source de légitimité pour tout pays et dirigeant envers les populations arabes», explique Mustafa el-Labbad, directeur du Centre al-Sharq pour les études régionales et stratégiques, basé au Caire.

Depuis son esclandre face au président israélien, Shimon Pérès, en 2009 à Davos, le chef du gouvernement islamo-conservateur a fait prendre à son pays un net avantage sur ses concurrents. Ses sorties musclées contre Israël lui valent même le surnom de «nouveau Nasser» dans la presse arabe et sa cote de popularité est au plus haut dans les opinions publiques.

Au-delà de ces succès oratoires, le retour de la Turquie dans une sphère en grande partie jadis intégrée dans l’Empire ottoman passe par une politique étrangère hyperactive. Après avoir tourné le dos à la région pendant la guerre froide, Ankara a normalisé ses relations avec ses voisins orientaux, a conduit les pourparlers secrets entre la Syrie et Israël en 2008 et intercédé auprès du régime iranien sur le dossier du nucléaire…

À défaut d’une médiation couronnée d’un succès diplomatique majeur, le gouvernement turc se pose en agent de liaisons dans les conflits régionaux. La semaine dernière, c’est une délégation de l’Alliance nationale irakienne, chiite, qui sollicitait son intervention pour aider l’Irak à apaiser ses tensions internes ethniques et externes. «Pour vendre ses produits et sécuriser les routes énergétiques, la 16e économie mondiale a également besoin que les relations avec ses voisins et les celles entre ces derniers soient stables», souligne Cengiz Candar, éditorialiste spécialiste du Moyen-Orient.

Longtemps perçue avec méfiance à cause de son alignement sur Washington, la Turquie a commencé à gagner la confiance dès 2003, lorsqu’elle a refusé de laisser passer les soldats américains sur son territoire pour envahir l’Irak.

Une étude conduite par la Fondation turque des études économiques et sociales (Tesev) dans six pays de la région et dans les Territoires palestiniens montre que, non seulement son implication n’est pas perçue comme une ingérence, mais qu’elle est plébiscitée : près de huit personnes interrogées sur dix souhaitent que «la Turquie joue un plus grand rôle» et pensent qu’elle a «un impact positif sur la paix» dans le monde arabe.

Pour Mustafa el-Labbad, si la Turquie «manque encore de réseaux et d’alliances à cause de son engagement tardif», elle bénéficie de liens culturels et historiques avec les pays arabes et représente un «islam moderne» qui joue en sa faveur : «L’ascension de l’Iran comme puissance régionale et comme “big brother” des chiites conduit de plus en plus les populations sunnites à se rapprocher de la Turquie.» La voie est d’autant plus libre pour les ambitions turques qu’elles concordent avec la politique de l’Administration de Barack Obama.

«Les Américains essayent d’intégrer le monde musulman dans le système mondial, pour eux la Turquie est leur vitrine et peut servir d’exemple de pays démocratique», estime Mehmet Altan, un intellectuel turc. Un objectif qui conduit la Maison-Blanche à ne pas se formaliser lorsque Ankara ne suit pas sa ligne et défend ses propres intérêts.

Mais la Turquie ne doit pas tout à sa diplomatie : les séries télévisées turques, exportées dans tout le monde arabe, ont largement contribué à sa réputation «glamour». La saga sentimentale Nour a été diffusée dans 22 pays et des millions de téléspectateurs ont suivi les péripéties amoureuses du héros Mohannad, un jeune Stambouliote au regard bleu de braise. Depuis la fin de la série, les touristes arabes ont pris d’assaut Istanbul.

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